2# « La Faye du Temps », des logements pour locataires seniors - Site officiel de la Communauté de communes Loire Layon Aubance

2# « La Faye du Temps », des logements pour locataires seniors

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Construire un logement partagé pour les seniors en milieu rural

Mickaël et Julie Giet, respectivement 43 ans, artisan dans les travaux publics, et 39 ans, infirmière, ont créé en 2024 une résidence immobilière innovante à Faye d’Anjou, commune sur laquelle ils habitent depuis 17 ans. Baptisé « La Faye du Temps », cet ensemble comprenant cinq appartements de plain-pied et une salle commune est prioritairement destiné à héberger des locataires seniors, qui peuvent ainsi continuer à vivre sur ce secteur rural dans des conditions adaptées au vieillissement.

Quel a été le point de départ de ce projet atypique ?

Nous avons vu nos grands-parents vieillir dans des maisons devenues trop grandes, mal adaptées, avec un jardin difficile à entretenir, et se retrouver parfois dans une solitude pesante lorsque leur conjoint a été placé en maison médicalisée. Plus largement, nous constatons qu’en milieu rural beaucoup de personnes âgées sont obligées de partir de chez elles, de quitter leur environnement pour partir en ville car il n’y a pas grand-chose en campagne en termes de logements adaptés. Cela nous a donné envie de faire quelque chose d’utile.

La dimension collective était-elle présente dès le début ?

L’idée était surtout de proposer une alternative, une façon d’habiter chez soi mais sans se sentir seul. Ce n’est ni un habitat collectif, ni un foyer logement avec une dimension médicale. C’est simplement un groupement de logements à échelle humaine, bien adaptés aux séniors et construits autour d’une salle commune afin de faciliter la convivialité, les échanges et la possibilité de mutualiser des services. On n’est pas tout le temps avec du monde, mais on n’est jamais vraiment seul non plus.

Quelles ont été vos sources d’inspiration ?

Nous sommes allés visiter l’association Habit’âge à Fontaine-Milon, une longère réhabilitée selon le même concept. Ils ont partagé très volontiers leur expérience. Nous nous sommes aussi inspirés d’un projet similaire à La Tourlandry. Enfin, nous avons eu des contacts avec une spécialiste pour le côté PMR, pour recevoir des informations pratiques et de bon sens.

A-t-il été facile de trouver le terrain et de mener les travaux ?

Pas vraiment… Nous avions un cahier des charges précis et assez contraignant : il nous fallait un terrain en centre-bourg, assez grand, avec des accès faciles… Nous avons longtemps cherché sur le secteur de Brissac-Loire Aubance, Vauchrétien, sans vraiment penser à Faye d’Anjou curieusement. Et puis un jour, nous sommes allés voir le propriétaire du terrain actuel, lui avons expliqué notre projet… et cela a provoqué la vente ! Il a fallu trouver une banque qui nous suive sur ce projet un peu singulier, avec la nécessité de bien maîtriser l’investissement car les logements adaptés coûtent plus cher que des logements standard. Il y a eu ensuite un an de travaux pour construire le bâtiment et finaliser les logements. C’était habitable en octobre 2024.

Pourquoi cinq logements ?

Nous voulions rester sur un nombre qui permette à la fois cet effet de collectif, mais qui reste à échelle modeste et humaine. Il fallait aussi que la structure soit la plus optimisée possible : le bâtiment couvre 330 m2 au total, il est divisé en six modules qui constituent les cinq logements et la partie commune. Et pour que chacun se sente dans un environnement spécifique, nous avons personnalisé les couleurs et la déco, et dessiné cinq terrasses différentes. Le cahier des charges laisse à chaque locataire la possibilité d’effectuer d’autres ajustements ou d’installer des cadres dans la salle commune. Cela se construit progressivement, dans la concertation.

Avez-vous trouvé rapidement des locataires ?

Oui, les premiers habitants avaient réservé sur plan et sont donc entrés tout de suite, en découvrant en direct ce qui avait été fait ! Nous avons organisé une opération portes ouvertes en septembre 2024, qui nous a donné de nombreux contacts. Nous avons aussi distribué des dépliants d’information et présenté le projet aux responsables politiques locaux, la mairie, la Communauté de communes Loire Layon Aubance, qui ont bien diffusé l’information.

Quel est le profil-type de vos locataires ?

Nous sommes vraiment orientés vers un public sénior, à qui nous proposons un logement agréable à vivre et où il est facile de rompre l’isolement. Nos locataires ont entre 50 et 87 ans, tous sont originaires de communes alentour. Ils sont venus à La Faye du temps pour se rapprocher de leur famille ou pour s’installer dans un logement mieux adapté au vieillissement. Ce sont des personnes encore autonomes, même si c’est adapté PMR. S’ils en ont besoin ils peuvent faire venir une aide extérieure (infirmière, kiné), et s’il leur arrive un pépin ils ne sont pas seuls. Il y a une entraide qui se met en place spontanément, par exemple pour l’informatique.

Le côté collectif est-il apprécié ?

Oui, la plupart des habitants se sont bien approprié les espaces communs, c’est entré dans leurs habitudes et cela se fait naturellement. Il y a une cohésion qui se crée, dans un esprit d’entraide et de convivialité. Par exemple, ils se sont entendus spontanément pour mutualiser l’entretien des PAC individuelles. Cette alchimie reste bien sûr une question de personnes, mais nous avons réfléchi à des systèmes qui facilitent les échanges. Ainsi, nous n’avons pas installé de tableau de réservation de la salle commune ; l’idée étant d’inviter chacun à aller à la rencontre de ses voisins, ce qui rend la démarche beaucoup plus humaine.

Avez-vous mis en place un règlement intérieur ?

Nous ne voulons pas être restrictifs, mais cela reste une colocation donc il faut tout de même définir des règles de vie et de bon usage sur ce qui est commun, comme la gestion des ordures ménagères ou le stationnement. Nous nous penchons sur la question, avec la volonté de co-construire ces aspects avec les locataires. Que ça soit réfléchi ensemble, plutôt que d’imposer cela en tant que propriétaires.

Tout cela représente un investissement important : qu’en est-il du côté « business » de ce projet ? 

Il est évidemment présent. Pour nous, c’est une projection à 20 ans qu’il faut rentabiliser. Bien que n’ayant bénéficié d’aucune aide financière directe, nous avons réussi à rester dans une enveloppe raisonnable de construction, ce qui nous permet de proposer des loyers en ligne avec le marché (moins de 800 € charges comprises). Ensuite pour chercher des locataires il faut bien expliquer notre profil particulier. Nous ne sommes ni une maison de retraite ni un logement médicalisé, et nous n’avons pas vocation à répondre à tous les cas, notamment certains handicaps psychiques. Donc nous faisons plutôt jouer les réseaux, le bouche-à-oreille. Nous sommes en lien avec le CLIC par exemple, nous avons aussi eu un article dans la presse locale. Maintenant c’est bien lancé, nous avons des demandes en attente.

Comment ce projet a-t-il été reçu dans votre entourage ?

L’idée de proposer un logement agréable, fonctionnel, économique et agréable, à des personnes encore autonomes mais souhaitant quitter un habitat devenu trop grand ou mal adapté à leur âge, a toujours été bien accueillie ! Toutes les personnes à qui nous en parlions trouvaient que c’était un beau projet. Nous n’avons pas rencontré de réticence ou de peurs particulières… sauf peut-être sur le plan financier, où nous avons eu plus de mal à convaincre un partenaire de nous suivre…

Et quel est le ressenti des locataires ?

Ils sont tous contents d’être là, ils nous font de la pub ! Depuis l’ouverture, nous n’avons pas eu de turn-over, preuve que ce type d’habitat correspond à un besoin. Même si cela reste compliqué pour une personne âgée de quitter son logement, finalement ils se sentent vite bien ici. A Faye il y a de nombreux services de proximité (infirmière, kiné, boulangerie, coiffeur, tabac, garage…) et le fait de rester sur la commune leur permet de continuer à voir leurs amis et leur famille facilement, leur vie continue.

Est-ce que La Faye du Temps constitue un exemple pour d’autres projets ?

C’est difficile à dire… L’an dernier, un groupement d’habitants de Thouarcé est venu visiter les logements avec l’association Habit’âge, donc l’idée fait certainement du chemin… En réalité, chacun devrait y penser : il faut bien habiter quelque part, et nous serons tous âgés un jour, donc nous devrions tous intégrer dans nos logements la dimension « sénior » ainsi que le collectif et la coopération !

Des logements économiques et faciles à vivre

La Faye du Temps compte cinq appartements de 50 m2 chacun, comptant un séjour, une chambre à coucher avec coin bureau, une salle d’eau aux normes PMR (porte à galandage, aire de retournement, prises en hauteur, douche à commande déportée…) et un petit jardin privatif.

Pensés pour être à la fois confortables, très pratiques et personnalisés, les appartements sont conçus selon le même plan mais disposent d’aménagements et d’éléments de décoration différents afin que chacun ait son identité propre. Le mobilier est celui des locataires, qui peuvent également assurer quelques aménagements supplémentaires avec l’accord des propriétaires.

L’ensemble, en classe énergétique A, est chauffé et climatisé par des pompes à chaleur réversibles.

La salle commune, climatisée elle aussi, est dédiée aux activités de groupe entre locataires mais peut aussi être réservée pour des temps avec les familles, comme les repas d’anniversaire. Son entretien est inclus dans les charges courantes.

La résidence dispose d’un parking privé et d’un cheminement extérieur qui permet aux visiteurs d’accéder à chaque logement indépendamment. L’entrée principale du bâtiment, sécurisée par badge, n’est utilisée que par les résidents eux-mêmes et les livraisons.

Côté jardin, chacun est libre d’y mettre des plantes, un coin potager, un espace pour sortir une table et des chaises, ou même un abri en bois. Une cuve enterrée de 6000 litres récupère les eaux de la toiture et alimente tous les robinets extérieurs, qui ne sont reconnectés au réseau qu’en cas de nécessité.

L’avis d’un habitant

Jacques Camy-Sarthy, 86 ans, ancien militaire dans le Génie puis ingénieur en bâtiment, est arrivé à La Faye du Temps le 1er janvier 2026, avec son épouse Andrée.

« Nous avons habité à Beaulieu-sur-Layon pendant près de 50 ans, puis nous avons vendu notre maison, devenue trop grande, et nous sommes partis en location à La Salle-de-Vihiers, dans un plain-pied. Mais c’était chauffé avec de vieux radiateurs électriques et un insert, et le jardin devenait trop fatiguant à entretenir, donc nous recherchions quelque chose de moins contraignant.

Notre fille et notre gendre, qui habitent juste à côté, nous ont parlé de La Faye du Temps. Nous sommes venus visiter et cela nous convenait bien, de plus nous étions contents de nous rapprocher d’eux.

Au point de vue confort, c’est incomparable ! Ici j’appuie sur un bouton et je règle la température à ma convenance, avec la clim on n’a jamais trop chaud. Et ça consomme très peu : je peux surveiller ma consommation en direct sur mon téléphone.

J’ai obtenu l’autorisation des propriétaires pour monter une petite cabane de 5 m2 dans le jardin, et effectuer des aménagements au-dessus de l’évier pour agrandir les placards. Il est important que chacun se sente chez soi !

La grande salle commune est très appréciée, on peut y recevoir de la famille faire des repas à 10, organiser des anniversaires, des apéritifs, un repas à Noël, etc. On s’invite régulièrement. Les propriétaires ont mis des jeux pour les enfants, la télé, le petit coin lavabo pour faire la vaisselle, les toilettes ; il y a tout !

Le fait d’avoir des parties communes permet de maintenir une ambiance sympa entre locataires, ça incite à partager et à dialoguer. Bien sûr, ça demande un petit effort de chacun, mais ça permet aussi de mutualiser certaines charges comme l’entretien annuel des pompes à chaleur ou la collecte des ordures ménagères.

C’est un état d’esprit différent, mais très agréable. S’il y a quoi que ce soit on peut se donner un coup de main. Il y a toujours quelqu’un à côté de nous, on ne se sent jamais seuls. »

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