de Nicolas Barreau et Jules Charbonnet
à Vauchrétien
À l’ombre de l’obélisque est une installation praticable, qui incite à s’introduire, s’abriter ou se reposer, méditer ou se retrouver entre amis. Imaginée par les artistes Nicolas Barreau et Jules Charbonnet, cette œuvre invite à découvrir sa matérialité boisée et traversante, et à embrasser le paysage alentour, entre vignes et forêt. Pour terminer au sommet, le regard dans la lumière.
Située sur la commune de Vauchrétien, au lieu-dit de Barbechat, cet obélisque se dresse sur une pointe où se rejoignent deux forêts, celle de Brissac et celle de Beaulieu. Pour les artistes, cet emplacement symbolise l’idée d’un cap. Le duo fait souvent références aux phares ou aux amers, qui sont des ouvrages construits pour la signalisation maritime précisément sur des avancées. Haute de dix mètres, leur construction s’apparente à une balise végétale, qui projette sa silhouette élancée sur un océan de vignes.
Le travail de ces artistes se concentre sur les structures. La charpente les passionne : ils y ajoutent une matière qui fait sens avec le contexte, ici les pieds de vignes, matériau omniprésent dans les parcelles proches, déchet de l’activité viticole. C’est à partir de ces ceps qu’ils bâtissent leur récit et leur architecture, dans un processus vernaculaire qui s’inspire des savoir-faire du territoire et des matériaux locaux.
Pourquoi la forme de l’obélisque ? Historiquement, dans l’Égypte antique, la forme allongée et la verticalité de l’obélisque représentent un rayon de soleil pétrifié. Certains voient dans cette aiguille quadrangulaire un symbole de fertilité, et son aplomb incarne aussi l’âme qui s’élève vers le ciel : Barreau & Charbonnet reprennent ces symboles et les hybrident avec l’environnement. Ainsi, la morphologie géométrique de l’obélisque s’habille du bardage organique et sinueux des ceps de vigne entrelacés, qui laisse passer la lumière et le regard.
À distance, cet obélisque affirme sa verticalité monumentale épurée, qui se découpe nettement dans le paysage : c’est un repère pour le voyageur. En vue rapprochée, son habillage aux formes tortueuses renvoie à de multiples références. Il évoque les corps et chimères entremêlées sculptés sur les bas-reliefs des temples hindouistes, la richesse ornementale du Palais idéal du facteur Cheval, ou encore les vermiculures, ces décors en forme de galeries de vers, très à la mode dans l’architecture du XVIIIe siècle.
Généreuse, cette œuvre est aussi une architecture d’usage : cabane et repaire, elle propose au public une halte, et son petit balcon avec vue sur les vignes invite à prendre de la hauteur. Cette légère élévation permet d’englober le paysage du regard, et de capter ses lignes vertes qui forment une écriture du terroir, une onde végétale propre au vignoble. C’est un affût d’observation horizontal mais aussi vertical, car aucun pyramidion ne coiffe l’obélisque : à l’intérieur, la pointe s’ouvre sur le ciel, découpant un tableau mouvant, propice à la contemplation méditative. Cet ajour, qui permet de faire circuler l’air dans l’habitacle, offre un courant de fraîcheur pour les visiteurs estivaux. Comme les parois traversantes de cet édifice, il témoigne de la réflexion des artistes sur les flux d’air ou de vent, inspirés du maillage du moucharabieh.
Au cœur du village
Vauchrétien, commune de Brissac Loire Aubance, a récemment dévoilé des vestiges qui remontent à l’époque gallo-romaine. Son église d’origine romane dédiée à Notre-Dame arbore une fresque du XIIe siècle. Son patrimoine compte également un presbytère du XVIIIe siècle, de belles cabanes de vignes, et des jeux de boule de fort.
En savoir plus sur Nicolas Barreau et Jules Charbonnet
Nicolas Barreau et Jules Charbonnet sont nés en 1986, ils vivent et travaillent dans la région nantaise. En 2011, une fois terminée leur formation en école de design, ils s’associent après avoir travaillé dans diverses agences d’architectures, de scénographie et de construction. Depuis, ils développent une approche souple des projets, expérimentale et artisanale, souvent empreinte de poésie. Dans une pratique qui mêle le design, l’architecture et l’art, ils demeurent attentifs aux territoires et aux contextes. Leur credo : mettre en place des protocoles techniques pertinents, puiser leurs ressources à l’échelle locale, produire des œuvres qui ne seraient ni polluantes, ni gaspilleuses en énergie. Leur atelier, une ancienne ferme laitière située à Carquefou, est un laboratoire de recherches tous azimuts. Pour le duo, ces dernières années ont été riches en actualités : fonte d’une cloche pour l’Abbaye de Fontevraud, réhabilitation de la Bibliothèque Universitaire de Lettres du Campus du Petit Port à Nantes, installation monumentale au festival international des jardins des Hortillonnages d’Amiens, exposition à la Maison de l’architecture de Nantes, projet à partir de vase de Loire pour le Musée des beaux-arts de Vannes, installation monumentale pour aller sentir des fleurs de magnolia dans le cadre du Voyage à Nantes 2024, inspirée de la charpenterie navale traditionnelle et de la technique des “bois tors”.
À Saint-Hilaire Saint-Florent (40 minutes de Vauchrétien en voiture), devant la maison de vin Ackermann, vous pouvez découvrir leur installation pérenne intitulée Le Coup de folie : elle réinterprète le motif traditionnel du kiosque à musique, en reprenant les plans facettés des kiosques du 18ème siècle, mais elle s’inspire aussi des pagodes orientales surmontées de plusieurs toitures comme celles qui agrémentent certains jardins de bords de Loire. Cette œuvre, qui peut accueillir le public et certaines performances artistiques, a la particularité d’être couverte de 4000 tuiles de verre réalisées à partir de bouteilles Ackerman cuvée Royale. Nicolas Barreau en parle en ces termes : « Jules Charbonnet et moi sommes designers de formation. Aussi, dans nos projets, la question de l’usage est toujours prépondérante. Le Coup de folie est une installation qui peut autant se regarder qu’être investie : c’est clairement un kiosque, à l’image de ceux qui jalonnent l’histoire de l’architecture de nos parcs et de nos jardins, un lieu où l’on vient flâner ou se retrancher. C’est aussi une folie architecturale (d’où le nom), qui interroge la tradition des folies telles qu’il en existe sur les bords de Loire : des lieux qui empruntent des codes éloignés et qui ainsi, sans avoir l’air, ouvrent les possibles. » À noter : Comme l’ensemble des installations de ce duo, l’installation À l’ombre de l’obélisque promeut certaines valeurs, dont celle du circuit court et du réemploi. En plus d’offrir au public la possibilité d’imaginer de multiples lectures et usages, cette œuvre témoigne de l’inventivité avec laquelle Barreau & Charbonnet subliment des matériaux promis au rebut, et font acte de respect écologique et d’inscription dans le paysage.