de Vincent Mauger
à Saint-Rémy-la-Varenne
Avec cette œuvre monumentale composée de plusieurs tonnes de briques en terre cuite, l’artiste Vincent Mauger continue d’explorer le potentiel sculptural et graphique des matériaux de construction. Oblique et dynamique, la trame qui structure ce volume est créée grâce aux alvéoles comblées d’enduit clair : elle évoque la pratique du dessin traditionnel et de ses hachures, le maillage textile mais aussi certains univers numériques de modélisation 3D.
Pour Saint-Rémy-la-Varenne, l’artiste adopte un matériau qui génère une grille par le procédé de la découpe : par ce geste, il fait naître des références telluriques au paysage et des analogies organiques. Dans son processus de création, Vincent Mauger maîtrise incomplètement le dessin d’ensemble de son œuvre : comme sa forme est monumentale, et qu’il la travaille tranche après tranche, il la « découvre » une fois finalisée. Ainsi, à l’intérieur d’un système constructif très défini, qui rappelle les modélisations virtuelles ou les strates archéologiques, il préserve une dimension aléatoire, improvisée et spontanée. Enfin, sa sélection de matériaux résonne avec le contexte : la brique alvéolaire rappelle les teintes brunes et rouges des argiles présentes au sud et à l’ouest de la Loire, et le ciment de couleur claire s’accorde au patrimoine bâti en calcaire et tuffeau des bords du fleuve.
Il est alors aisé pour le public de s’approprier cette sculpture imposante à la croisée de fictions multiples, qu’il n’appartient qu’à lui de compléter : fossile marin au relief adouci par l’infini ressac, galet roulé au polissage qu’on a envie de caresser ? Pierre votive, parée de la géométrie immuable qui structure certains cristaux ? Monument-poème, ode aux BTP ? Ou fragment tramé tombé du ciel, lâché par un Sisyphe géant ? Si Vincent Mauger a choisi le titre d’Œuvre sans nom, c’est bien pour laisser les visiteurs imaginer en toute liberté le scénario de leur choix.
Au cœur du Village
Saint Rémy-la-Varenne s’intègre dans le périmètre Patrimoine Mondial de l’Unesco.
Son ancien prieuré bénédictin, fondé en 929, se distingue par une salle capitulaire et ses décors architecturaux Renaissance, dont une splendide cheminée monumentale polychrome. L’association des Amis du Prieuré y organise les Rendez-vous du Prieuré, une programmation conviviale tout au long de l’année composée de concerts, représentations théâtrales, marché nocturne, expositions et débats, organisés dans le cadre historique et bucolique du prieuré ou de son parc arboré. Autre patrimoine remarquable : le moulin de Bourgdion, moulin cavier sur pivot, doté de 4 ailes. Les moulins-caviers sont des moulins caractéristiques de l’Anjou : ils se composent d’une maçonnerie conique, construite au-dessus d’une cave non enterrée et d’une cabine en bois orientable, porteuse des ailes. Celui du Bourgdion comporte également une demeure de meunier, un four à pain et des dépendances. Construit en 1862, c’est l’un des moulins d’Anjou possédant une masse, ou cave non enterrée, les plus imposantes.
En savoir plus sur Vincent Mauger
Né en 1976 à Rennes, Vincent Mauger est vit et travaille à Sèvremoine, près de Nantes.
Il est diplômé des Écoles Supérieures des Beaux-Arts d’Angers et Paris. Son travail se compose de sculptures, mais aussi de dessins et de vidéos : ses recherches artistiques se concentrent sur la matérialisation d’un espace mental, où les pensées qui s’échafaudent face à un lieu croiseraient l’imagination d’univers virtuels, élaborés pour que chacun puisse se projeter dans une topographie inexistante ou éloignée.
À partir de matériaux de construction ordinaires, comme le bois, le parpaing, le carrelage, les tubes plastiques ou métalliques, la brique ou le ciment, il produit des expériences déroutantes : tous ces matériaux restent identifiables mais sa façon de les utiliser provoque toujours un décalage par rapport à leur usage ordinaire. Qu’il brûle, froisse, casse, agglomère ou polisse, l’artiste interroge une réalité de l’entre-deux : entre masses et vides, architecture et imaginaire, techniques traditionnelles et outils technologiques, entre réel et virtuel, in situ et ex situ, entre utopie et dystopie. Ce faisant, il invite les visiteurs à s’approprier l’espace.
Ses réalisations s’inscrivent aussi bien dans des paysages que dans des lieux patrimoniaux, comme en témoignent Les Sémaphores, parcours de belvédères entre Nantes et Saint-Nazaire, ou encore ses installations pour le Domaine de Chaumont-sur-Loire et l’Abbaye de Fontevraud. Au cours de son riche parcours, il a rempli une chapelle de montagnes de boules de papier (Mayenne, 2006), participé à l’exposition « Dynasty » au Palais de Tokyo (2010), installé la sculpture monumentale La somme des hypothèses dans le jardin des Tuileries au cours de la Foire Internationale d’Art Contemporain de Paris (2011), ou déployé ses Querelles festives ! au Centre d’Art de la Chapelle du Genêteil, à Château-Gontier (2023). En proue sur la Loire, sa sculpture Résolution des forces en présence (2014) est visible sur l’Île de Nantes, au Parc des Chantiers.