de SABéPAT
à Bellevigne en Layon
Le Dôme de vigne est à la fois une sculpture et une micro-architecture, qui attire l’œil par sa couleur rousse flamboyante : une bulle ocrée pour se mettre à l’abri, le temps d’un pique-nique ou d’une sieste, et détailler la lumière qui transperce ses parois et fait danser les ombres portées. Conçue par le duo d’artistes SABéPAT, cette œuvre rend hommage au petit patrimoine local bâti : les cabanes ou loges de vignes, témoins protecteurs de la vie laborieuse du vignoble.
Situé dans la commune de Bellevigne en Layon, ce Dôme de vigne rappelle ainsi une histoire modeste, qui a marqué ce territoire jusqu’au début du XXe siècle : les cabanes érigées selon des morphologies architecturales variées, fruit de l’autoconstruction inventive des vignerons. Maisonnette avec toiture à deux versants, fragile appentis, cabane adossée à un mur de clôture, abri troglodytique : ces édifices dépassent rarement la dizaine de mètres carrés, et sont principalement construits en matériaux locaux, par exemple de la maçonnerie sans mortier, des planches de bois, des pierres arrachées au sol, ou divers matériaux végétaux. À l’origine, ces loges permettaient au propriétaire de ranger quelques outils, de préparer la bouillie bordelaise et de s’abriter lorsqu’il faisait une pause, en cas d’orage ou de forte chaleur. Peu à peu, la mécanisation, le remplacement du cheval par le tracteur, l’accès plus rapide entre la maison et la vigne ont rendu ces constructions moins utiles, d’où leur disparition progressive.
Le Dôme de vigne de SABéPAT ravive donc cette fonction essentielle : s’abriter, se nourrir et se reposer, mais aussi contempler, à la fois le paysage et la structure même de cette architecture. Cette boule facettée renvoie aux structures géodésiques de l’ingénieur architecte Richard Buckminster Fuller. À partir d’une expérience que mène Buckminster Fuller en 1942 pour cartographier le globe, il réalise ce système de construction léger. Les premières applications architecturales à l’échelle 1:1 ont ensuite lieu dans le cadre de programmes de planétariums, pour une observation de la géographie céleste. Ces sphères encloses convoquent depuis leur invention différents imaginaires : la séduction futuriste et science-fictionnelle ; la mythologie capitaliste, où le dôme est l’espace privilégié des galeries commerciales ; et l’utopie de certains mouvements de la contre-culture des années 60 et 70, libertaire et anticapitaliste, où le dôme devient synonyme d’habitat édénique. Ces références historiques au dôme géodésique soulignent combien cette forme a traversé différents imaginaires culturels. Le Dôme de vigne s’en distingue pourtant profondément. Ici, la structure ne renvoie ni à un futurisme technologique, ni à une utopie architecturale, mais à une présence humble et organique dans le paysage viticole. Il devient un abri vivant, un lieu de repos, de contemplation et de partage, en résonance directe avec le végétal et le territoire.
Le Dôme de SABéPAT résonne donc avec l’Histoire et les histoires, mais aussi avec le grand paysage qui l’accueille. Cabane observatoire, il s’ouvre sur le modelé des vignes, à travers de multiples perforations dans sa paroi, des trouées au motif du triangle et de la feuille de chenin, cépage local emblématique. Construit en acier Corten, un matériau auto-patiné à corrosion superficielle, cet habitacle s’intègre dans son cocon naturel, et sa couleur évolue en rappelant les teintes chaudes des vignes en automne. Ainsi, comme toutes les cabanes, le Dôme de vigne s’adapte à son contexte au lieu de s’imposer à lui, révélateur sensible de ce qui l’entoure.
Au cœur du Village
La commune de Bellevigne-en-Layon recèle de trésors. Labellisée Ville et métiers d’Art, « Le village d’artistes » accueille des expositions d’Art contemporain tout au long de l’année et valorise à travers sa boutique la qualité des artisans d’Art locaux.
Sur ces terres, il est incontournable d’évoquer le Bonnezeaux, ce grand vin blanc liquoreux issu du chenin blanc, cépage emblématique de l’Anjou. À l’automne, la pourriture noble concentre naturellement les sucres et les arômes. Le vin développe des notes de miel, de fruits confits et d’épices, soutenues par une belle fraîcheur. Il possède aussi une remarquable capacité de garde.
En savoir plus sur SABéPAT
SABéPAT est un duo d’artistes plasticien et sculpteur fondé en 2016. Leur démarche se nourrit des rencontres, de l’échange et du désir de faire de l’espace public un lieu d’expression artistique. Chaque œuvre est conçue comme une ouverture, une invitation à relier l’art au monde réel, à le rendre accessible et vivant. Leur conviction est double : ouvrir l’art à un public élargi en investissant l’espace public, afin de faire de chaque lieu de vie un espace de découverte artistique. Il s’agit de faire sortir l’art des cadres habituels pour qu’il rencontre directement les habitants, dans leur quotidien. Leurs installations proposent ainsi une nouvelle lecture de l’espace, capable de bousculer less habitudes, d’interrompre la routine des chemins quotidiens pour révéler la richesse et la poésie de l’environnement.
Chaque projet puise son inspiration dans le territoire qui les accueille. SABéPAT considèrent les paysages, les architectures, les récits et les objets du quotidien comme une archive vivante. Les lieux portent en eux des strates invisibles : histoires oubliées, gestes disparus, traces matérielles et immatérielles. Les objets, même les plus modestes, deviennent des témoins, porteurs de la mémoire du temps et des expériences humaines.
Leurs œuvres naissent de cette exploration : elles sont conçues comme des dialogues entre passé, présent et futur. Elles ne se contentent pas d’occuper un espace : elles en révèlent les couches souterraines, en prolongent la mémoire et en nourrissent l’avenir. Une sculpture, une installation ou une création interactive devient ainsi un miroir de l’identité locale, une incarnation poétique du territoire.
Ils travaillent des matériaux pérennes et sensibles,acier corten, aluminium, bois, textiles, qu’ils associent parfois à la lumière ou au numérique. Cette hybridation produit des œuvres monumentales mais toujours accessibles, mêlant force et fragilité, ancrage et imaginaire.
Chaque projet est aussi pensé comme une expérience partagée. Ateliers participatifs avec les habitants, collaborations avec des écoles, artisans ou associations : ces démarches prolongent l’acte de création et inscrivent l’œuvre dans une dynamique collective. L’espace public devient alors un théâtre d’interactions, où les habitants se reconnaissent, se rassemblent et s’approprient une histoire commune.
Leur démarche artistique est donc autant plastique que sociale et poétique : elle cherche à capter l’essence des territoires, à faire résonner leur singularité, à inscrire des récits collectifs dans des formes contemporaines. Chaque œuvre est une traversée qui relie le visible et l’invisible, la matière et la mémoire, l’individuel et le collectif.