La couvée - Site officiel de la Communauté de communes Loire Layon Aubance

La couvée

de Jean Bonichon

à Juigné-sur-Loire

Photo : Sisco vidéo

Jean Bonichon donne corps à des fables tendres, qui traversent les paysages comme des mirages. Avec sa couvée d’œufs montée sur pattes, il propose une fiction ancrée dans la réalité écologique des zones humides de Juigné-sur-Loire : une apparition en forme d’énigme surréaliste, qui interpelle sur la situation critique des espèces sauvages.

C’est l’espèce du héron cendré qui a particulièrement inspiré l’artiste : oiseau d’envergure montée sur deux longues pattes, cet échassier fragile mesure environ 90 centimètres. Son bec en forme de poignard témoigne d’un régime principalement piscivore, et face aux sécheresses estivales du fleuve ligérien, aux inondations, aux tempêtes, à la concurrence d’espèces invasives et à la raréfaction de ses ressources alimentaires, le héron doit s’adapter. Le scénario imaginé par Jean Bonichon sur cette acclimatation à de nouvelles pressions environnementales est loufoque et poétique : en effet, l’artiste fantasme une mutation spectaculaire des œufs de ces échassiers en danger. Devenus géants, ces œufs peuvent désormais se déplacer, munis d’échasses élancées, utiles pour transhumer en fonction des nécessités.

Ce conte transformiste rappelle la longue histoire de l’œuf dans l’art : souvent considéré comme une matrice cosmique, symbole de fécondité et de renaissance, l’œuf incarne une promesse de vie et une perfection formelle, ce qui explique sans doute qu’il soit devenu un motif aussi populaire, de Fabergé à Salvador Dali, de René Magritte à Claude Ponti. À travers cet objet métamorphique, c’est aussi le mystère de l’existence qui se manifeste.

Élevés au rang de personnages, les œufs de Jean Bonichon sont dotés d’un tempérament affirmé : comme les héros des fables, qui possèdent souvent un caractère simple, fixe et tranché, les oisillons en devenir se distinguent par leur position physique dans l’espace, indicatrice d’un trait saillant de leur personnalité. Au sein de cette fratrie du futur, saurez-vous reconnaître le Curieux, l’Arpenteur, la Vigie et l’Étourdi ? Ces quatre figures suggèrent un rapport intime au paysage environnant, et consacrent aussi la victoire symbolique du « petit » sur le monde adulte, comme dans de nombreux contes.

Enfin, pour réaliser ses sculptures, Jean Bonichon a choisi de collaborer avec trois artisans, spécialisés en dinanderie, ferronnerie et maçonnerie : une manière pour lui de rendre hommage aux gestes artisanaux, bien visibles dans les matériaux de l’œuvre, et aux techniques vernaculaires. Dotés d’une belle oxydation naturelle, les métaux employés se stabilisent rapidement et se patinent avec le temps : leurs nuances, du vert-de-gris au rouge orangé, rappellent les couleurs du contexte paysager.


Au cœur du village

Situé proche de l’œuvre de Jean Bonichon, le pont du Magasin (ou pont des Magasins) est un ouvrage d’architecture médiévale, constitué d’une seule arche et d’un mur de protection. Propriété de la commune, il a été restauré en 2007.  Le long de la route conduisant à ce pont se trouvaient des entrepôts, nommés Grands et Petits magasins. Les gabares, bateaux à fond plat spécifiques pour la navigation ligérienne, rejoignaient la Loire par le chenal à demi-comblé par les vases. On embarquait deux productions locales : l’une industrielle, les ardoises, l’autre agricole, du blé et des barriques de vins.

Outre les deux Moulins dits de la Masse-Rutault (XVIIe et XIXe siècles), la commune compte plusieurs architectures sont inscrites ou classées aux Monuments Historiques : l’église Saint-Germain (XIIe et XIIIe siècles), la maison dite Les Charmettes (XVIIe et XVIIIe siècles), la maison forte du Plessis (XVe, XVIe et XVIIe siècles), le manoir Les Chailloux-Blanc ; le manoir de la Tihouère, et l’ancien presbytère dit Le Monastère (XVIIe et XVIIIe siècles).


En savoir plus sur Jean Bonichon

Diplômé de l’École Supérieure d’art de Clermont Métropole en 2010, Jean Bonichon est un artiste à la pratique polymorphe. Attentif aux pratiques artisanales et aux traditions vernaculaires, l’artiste conjugue différents médiums : son travail articule l’exploration de territoires naturels, la conception d’installations composites, parfois in situ, et le travail en atelier.  Sa démarche artistique s’attache à sonder l’incongruité du monde, tout en mettant en lumière les enjeux de notre époque à travers un regard critique, volontiers facétieux. Inspiré par le paysage et le contexte environnemental, il participe à de nombreuses résidences comme en 2020, à Nekatoenea (Hendaye), où il collabore avec la chercheure/géographe Sylvie Paradis autour de la problématique du dérèglement climatique sur le littoral.
Pour Terra caprinea incognita (2022), Jean Bonichon imagine une œuvre praticable pour les chèvres du Jardin du bout du monde à Château-Gontier : entre objets du quotidien agricole et constructions surréalistes, cette enfilade de cinq sculptures propose un étonnant terrain de jeu dédié aux chèvres de ce jardin urbain. Avec Petits Voyages Extraordinaires (2016), produit pour le mini-golf de Nantes Camping (collaboration Le Voyages à Nantes), il crée sept œuvres d’inspiration vernienne, qui prennent place sur un parcours de 15 trous. La grande installation Grotte de nez (2018), placé dans un lotissement à Piacé, figure également parmi ses réalisations pérennes en extérieur : un nez géant où les visiteurs peuvent s’abriter ou se cacher. Ses œuvres sont aussi présentes dans des collections publiques – Frac-Artothèque Nouvelle-Aquitaine ou encore Artothèque de Caen.

Depuis 2022, il enseigne la sculpture/installation à l’École Supérieure d’Art et de Design TALM-Le Mans.

Photos : Sisco vidéo

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